Sans un pouvoir d’achat digne, il n’y a pas de véritable progrès

Pouvoir d'achat

Comment faire en sorte que travailler en Andorre permetteà nouveau de bien vivre, avec dignité, en Andorre. S’il y a une question qui, à mon sens, devrait obliger tous les partis qui se présenteront aux élections de 2027 à mettre de côté les rivalités stériles et à réfléchir à un sujet qui, pour une fois, les rassemble autour d’une grande stratégie d’État, c’est bien celle-ci : comment faire en sorte que travailler en Andorre permette à nouveau de bien vivre, avec dignité, en Andorre.

Dans l’émission Fent Números du 17 avril 2026, j’ai exposé ce qu’un leader syndical, Gabriel Ubach, avait proposé quelques jours auparavant et qui, bien que cela puisse sembler à première vue une exagération irréalisable, m’a servi de base pour poser ce qui devrait être l’élément central du débat politique dans les prochaines années.

L’idée était que le salaire minimum puisse atteindre, dans un délai raisonnable, les 2 500 euros. Sincèrement, je ne considère pas cela comme une extravagance, mais plutôt comme le constat d’une réalité que de plus en plus de personnes vivent directement : le pays croît, certes, mais une partie importante des citoyens ne progresse pas au même rythme.

Une revalorisation salariale ou une transformation nationale ?

Le Gouvernement a fixé pour 2026 un salaire minimum interprofessionnel de 1 525,33 euros, après une hausse de 5,4 %, équivalente au double de l’IPC de 2025. Il a également réitéré que l’objectif est d’avancer vers le seuil de 60 % du salaire moyen, conformément à la référence européenne.

Cela étant, ce que je propose n’est pas une simple revalorisation salariale : c’est une opération de transformation nationale.

Pour comprendre l’ampleur du défi, un seul chiffre suffit : porter le SMI à 2 500 euros en quatre ans exige un rythme de croissance approximatif de 13,15 % par an. Cela ne peut être atteint que si le pays génère davantage de valeur par travailleur, améliore la productivité, élève le niveau de qualification et réorganise son modèle économique.

Le pouvoir d’achat comme grand consensus national

Il est indéniable que le leader syndical mentionné a raison dans son diagnostic social, car il est évident qu’une partie des bas salaires ne permet plus de supporter avec suffisamment de dignité le coût de la vie en Andorre, en particulier en raison de la pression liée à l’augmentation du prix du logement.

Mais, pour avancer une telle affirmation, il faudrait une stratégie très clairement définie que, pour l’instant, je n’ai vu personne proposer avec le sérieux nécessaire.

C’est là que la politique de 2027 et des années suivantes devrait être à la hauteur, en plaçant le pouvoir d’achat parmi les grands éléments de consensus national de la prochaine législature.

Pas seulement le logement.

Pas seulement le salaire minimum.

Pas seulement la croissance.

Le pouvoir d’achat, c’est la somme de tout : salaire, logement, coût de la vie, opportunité professionnelle et capacité réelle à construire un projet de vie dans le pays.

Réorganiser le modèle économique andorran

Il est clair que l’Andorre ne pourra pas réellement augmenter les salaires si elle continue d’accepter que les grands secteurs traditionnels soient des secteurs structurellement mal rémunérés. Le commerce, l’hôtellerie, la restauration, une partie des services et une grande partie des emplois les moins qualifiés ne peuvent pas continuer à fonctionner sous la résignation implicite selon laquelle « il en a toujours été ainsi ».

Refusons-le avec force : cela ne doit pas être ainsi.

Le commerce andorran doit évoluer vers davantage de prescription, plus d’expérience, plus d’omnicanalité et plus de valeur par client. L’hôtellerie et la restauration doivent cesser de rivaliser uniquement sur le volume et commencer à rivaliser sur la qualité, l’organisation, laprofessionnalisation et la dépense moyenne par visiteur.

La construction doit se techniciser, s’industrialiser et créer une grande échelle intermédiaire de profils qualifiés.

L’Administration publique doit se simplifier, se digitaliser et cesser d’être, dans trop de cas, une structure de friction pour devenir une véritable plateforme de compétitivité. Et, en parallèle, le pays doit miser véritablement sur les secteurs capables de tirer fortement vers le haut : santé, sport, technologie, services numériques et services professionnels avancés.

Vers un Pacte national pour le pouvoir d’achat

diversification ainsi que dans la Stratégie numérique 2030 déjà définis par le Gouvernement, auxquels il faudrait ajouter un Pacte national pour le pouvoir d’achat 2027-2030, avec des objectifs annuels, des indicateurs clairs et des engagements vérifiables en matière de salaires, de productivité, de logement, de simplification administrative et de transformation sectorielle.

Et, bien sûr, avec un objectif très concret : faire en sorte que le citoyen qui travaille aujourd’hui, et qui travaille souvent beaucoup, ait en 2030 une vie sensiblement meilleure que celle de 2026.

Le véritable progrès se reflète dans la vie des personnes

L’expérience comparative européenne nous montre que les pays qui ont atteint des salaires minimums plus élevés n’y sont pas parvenus par des impulsions improvisées, mais grâce à des mécanismes stables, des économies plus productives et des institutions plus solides. La France, l’Allemagne, les Pays-Bas ou le Luxembourg en sont des exemples.

C’est pourquoi nous devons placer le pouvoir d’achat au centre du consensus politique, abandonner la gestion traditionnelle de la tension et commencer à construire une véritable prospérité. Car, au bout du compte, le progrès réel ne se mesure pas seulement à la croissance du PIB, mais à la capacité d’une famille à vivre dignement de son travail. Par conséquent, disons-le sans détour : sans un pouvoir d’achat digne, il n’y a pas de véritable progrès.

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